La filière coton camerounaise subit, depuis 2023, une dégradation simultanée de ses conditions de production. Lors d’une présentation faite le 31 mars 2026 à Garoua, le directeur de la production agricole (DPA) de la Sodecoton, M. Nadama, a identifié deux facteurs qui pèsent désormais lourdement sur l’activité : le dérèglement climatique, à l’origine d’inondations dans les bassins de production sous l’effet de fortes pluies entre août et septembre, et la prolifération des jassides du coton, un insecte ravageur qui s’attaque directement aux plants.
Pour la Sodecoton, ce parasite représente une menace majeure. Selon le DPA, les jassides avaient déjà, il y a quelques années, presque anéanti la filière coton en Afrique de l’Ouest en raison des pertes de production provoquées. Leur contrôle reste en outre coûteux, ce qui limite la capacité de riposte des producteurs les moins capitalisés.
Les effets cumulés de ces deux chocs sont déjà visibles sur le terrain. Entre 2023 et 2025, les superficies cultivées sont passées de 234 000 hectares à 197 000 hectares. En 2024, 11 000 hectares ont été entièrement détruits, tandis que 17 000 hectares ont été partiellement affectés par les attaques de jassides, selon les données présentées par la Sodecoton.
Au-delà du recul des surfaces, la productivité s’est elle aussi détériorée. Le rendement moyen est revenu de 1 600 kilogrammes par hectare à 1 300 kg/ha. Conséquence directe : la filière enregistre une perte de revenus estimée à plus de 10 milliards FCFA par an. Cette dégradation fragilise également le remboursement des crédits agricoles accordés aux producteurs au début de chaque campagne.
Selon la Sodecoton, les arriérés de recouvrement atteignent désormais 2 milliards FCFA. En raison des pertes enregistrées dans leurs exploitations, de nombreux bénéficiaires des crédits de campagne peinent à honorer leurs remboursements. Certains, découragés, abandonnent tout simplement la culture du coton.
Objectif : 600 000 tonnes dès 2029
Malgré cette dégradation, la Sodecoton maintient une stratégie offensive. En misant notamment sur une meilleure maîtrise des risques liés aux attaques de jassides, l’entreprise veut porter sa production de coton graine à 440 000 tonnes dès 2026, après un pic de 394 000 tonnes enregistré lors de la campagne 2023-2024.
D’après les projections de cette agro-industrie, détenue à 89 % par l’État du Cameroun, la production devrait ensuite poursuivre sa progression pour atteindre 600 000 tonnes dès la saison 2029-2030. Ce niveau correspond à l’objectif fixé par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), actuellement mise en œuvre par le gouvernement.
Cette montée en puissance repose toutefois sur une hypothèse exigeante : contenir les effets du climat et des ravageurs tout en stabilisant les revenus des producteurs. En pratique, la trajectoire de croissance de la filière dépendra moins des ambitions affichées que de la capacité à sécuriser durablement les bassins de production.
Source : investiraucameroun.com